Coincé en Antarctique, un médecin se retire lui-même l’appendice

Le médecin Leonid Ivanovitch Rogozov n’imaginait pas une seule seconde que le patient qu’il allait opérer, ce serait… lui ! Le Soviétique (puis Russe), débarque gaiement à la base antarctique de Novolazarevskaya, en fin d’année 1960. En plus de sa qualité de médecin, il travaille comme météorologue, et même comme chauffeur… Un vrai couteau suisse. (Image d’en-tête : © Yuri Vereschagin/TASS)

© r/Sawbones/Reddit

Le seul médecin présent tombe gravement malade

Le 29 avril 1961, Leonid sent que quelque chose ne tourne pas rond et perçoit les premiers symptômes inquiétants : faiblesse, fièvre, nausée, etc. Il comprend très vite qu’il souffre d’une appendicite aiguë, « Il semble que j’ai une appendicite. Je reste calme, et même souriant. Pourquoi inquiéter les amis ? Qui pourrait m’aider ? »

Après avoir tenté plusieurs traitements en vain (jeûne, repos, refroidissement local, antibiotiques), il doit se résoudre à l’évidence : il faut opérer de toute urgence. Mais malheureusement pour lui, la base reculée est prise dans l’hiver polaire. De plus, pour continuer de malchance, Leonid est évidemment le seul médecin parmi les 13 personnes de l’expédition.

Leonid après l’ablation de son appendice © Vladislav Rogozov

Une opération plus que délicate

Dès la nuit suivante, l’opération est « programmée ». Selon ses directives, ses collègues devenus malgré eux ses assistants, transforment tant bien que mal une chambre en bloc opératoire. Pendant que le premier gère les instruments, le deuxième tient quant à lui le miroir et la lampe pour rendre visible le champ opératoire. Après une heure et 45 minutes, l’appendicectomie est un succès. Il constate sur l’appendice qu’il vient de retirer de son propre corps « Avec horreur, je remarque une teinte noirâtre à sa base. Ce qui signifie qu’un jour de plus et il éclatait » . Leonid reprendra le travail seulement deux semaines après.

© www.gzt.com
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© Vladislav Rogozov

Le médecin/patient quittera la base plus d’un an après sans jamais y remettre les pieds. Il travaillera toute sa vie comme chirurgien, avant de décéder à la suite d’une opération pour un cancer du poumon, en 2000, à l’âge de 66 ans, à Saint-Pétersbourg. Néanmoins, il est la preuve vivante que telle l’expression : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ». 

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